Les Soirées de la Tannerie - Albi

Rencontre avec Sophie Lemonnier-Wallez et Ariane Jacob, créatrices du concept des Soirées de la Tannerie.

 

- Pouvez-vous nous dire comment est née l’idée des Soirées ?

Ariane :

Sophie caressait l’idée de donner des concerts dans la magnifique demeure d’Albi au bord du Tarn qu’ils possèdent avec son mari Jean-Pierre Wallez et que j’ai pour ma part découverte il y a deux ans. Outre l’idée de faire résonner ce lieu avec des œuvres artistiques et un public, il y avait aussi je pense la nostalgie d’une époque durant laquelle Jean-Pierre animait le Festival d’Albi : la ville était innondée de musique et on faisait la fête jusque tard dans la nuit à la Tannerie après les concerts.

Sophie :

L’idée des Soirées m’est venue durant le 1er confinement de l'année 2020 et suite au constat de plusieurs choses: Premièrement, une situation sans précédent d’isolement pour nous tous et de privation de concerts et d’échanges réels. Et j’ai ressenti que beaucoup d’entre nous avaient le désir de revenir à l’intime. Cet intime, c’est bien sûr un répertoire : celui de la musique de chambre ou du récital mais c’est aussi l’intimité du lieu et le fait d’être en petit comité. Une intimité qui permet aussi un véritable échange et la possibilité de créer du lien entre les auditeurs et les artistes. Et ça me semble plus que jamais fondamental dans l’époque un peu "extraordinaire" et compliquée que nous traversons. Et puis, notre amitié avec Ariane Jacob nous a menée tout naturellement à choisir de partager un répertoire intimiste ; celui de la musique de chambre et tout particulièrement le répertoire de ces deux instruments fantastiques que sont le violon et le piano.

Sophie et Ariane, depuis combien de temps vous connaissez-vous ?

Ariane :

Nous nous connaissions avant de nous connaître, si on peut dire : nous avons toutes les deux passé une partie de notre enfance et de notre adolescence à Dijon, avons fréquenté le même conservatoire et avons nombre de connaissances communes. Avoir grandi toutes deux sous ce climat fait d’authenticité, de terroir, de patrimoine, de gastronomie et d’histoire portant haut la fierté des Ducs de Bourgogne nous unit indéniablement !

Sophie :

Ariane et moi, c’est effectivement une rencontre qui devait arriver… Nous nous sommes croisées dans notre enfance dijonnaise sans nous rencontrer… Je me souviens que je voyais son nom sur les palmarès du Conservatoire de Dijon… Puis Ariane est partie à Lyon et moi à Paris. Et puis, un jour, nous nous sommes retrouvées. C’était, il y a une dizaine d’année, lors d’une croisière musicale du Figaro. Depuis, nous avons partagé nos souvenirs puis beaucoup de musique et de voyages.

Ces liens participent-ils de votre entente musicale ?

Ariane :

Ils jouent très certainement en notre faveur en ce que la compréhension est tacite entre nous car nous avons des références communes mais je pense que nos humanités se rejoignent également et pour faire de la musique ensemble c’est assez fondamental.

Sophie:

Je pense aussi que cet ancrage commun crée quelque chose de très particulier entre nous. Comme une connivence, une fraicheur d’échanges et de confiance. Il y a une évidente sororité d’enfance et de souvenirs entre nous. Nous partageons aussi le même idéalisme et c’est fondamental car, sur un plan artistique, cela permet d’échanger en confiance nos idées musicales mais aussi, parfois, de les confronter. Et puis, on joue toujours mieux avec les personnes que l’on aime !

Avez-vous un répertoire de prédilection et des œuvres que vous aimeriez y inscrire ?

Sophie :

Tout le répertoire romantique, la musique française, la mise en lumière de répertoires rares et un peu oubliés comme la sonate de Magnard qui est un chef d’œuvre trop rarement joué. Et surtout, tout le répertoire de Salon que l’on ne joue plus car il n’est pas forcément adapté aux grandes salles de concert.

Ariane :

C’est une question que l’on pose souvent aux artistes et qui les laisse souvent un peu démunis alors que, « vu de l’extérieur », elle est tout à fait légitime alors pourquoi… Sans doute parce que ce qui motive pour partie notre vocation est un appétit féroce pour la découverte des œuvres musicales et que nous faisons tous les jours l’expérience d’affinités magnifiques avec des œuvres de compositeurs d’époques et de styles très différents. Bien sûr, il y a les compositeurs blottis au coin du cœur avec lesquels on est « en famille », ceux qui participent de la découverte de nous-mêmes en nous amenant vers des directions nouvelles, ceux qui nous divertissent et ceux qui nous ennuient, mais cela peut changer au fil de la vie… Aujourd’hui et dans le cadre des « Soirées de la Tannerie » j’aimerais inscrire, pourquoi pas, la Sonate de Ravel et la deuxième Sonate de Fauré pour violon et piano ainsi que le Quintette de Schumann pour piano et quatuor à cordes.

 

Quel est la spécificité des Soirées ?

Sophie :

Les concerts ont un format d’une heure de musique environ. Ils sont liés à une causerie sur un thème choisi et en résonance avec le programme musical. Notre ambition est que la programmation des Soirées soit itinérante entre divers lieux. Chacun peut accueillir nos programmations chez lui ou dans le cadre d’une entreprise car les Soirées se veulent des Salons nomades où l’originalité repose sur le fait que l’écoute, les échanges et le partage avec les auditeurs et les artistes demeurent privilégiés. C’est ce qui fait toute l’alchimie des Soirées.

Ariane:

La notion d’accueil me paraît primordiale dans l’esprit des Soirées : accueil de l’assemblée par les artistes puis accueil des artistes en scène, accueil des émotions musicales en soi puis accueil de la parole de chacun lors des causeries : cette conjonction d’accueils bienveillants permet l’épanouissement d’une confiance chaleureuse dont l’intimité des lieux proposés est l’écrin.

- Etablissez-vous des programmations sur mesure et que peut apporter la musique dans les lieux choisis ?

Sophie :

Il s’agit aussi de faire vivre un patrimoine. De le faire vibrer. De le faire découvrir autrement par la musique et les artistes. Certains mélomanes font le voyage pour assister aux Soirées et par ce fait, ils découvrent aussi un lieu. Que ce soient des lieux chargés d’histoire ou patrimoniaux, des lieux de conférences ou des demeures privées ou encore des domaines à vocations autres, nous nous proposons d’être, avec les Soirées, un "partenaire artistique invité" et nous proposons, "à la carte", des évènements musicaux de très grande qualité et originalité. Cela peut représenter une grande liberté et légèreté d’organisation pour nos partenaires puisqu’ils ne s’occupent de rien et ne sont pas obligés de réitérer l’expérience, si j’ose dire. Ils choisissent dans l’éventail de nos programmations musicales. Nous leur offrons, en quelque sorte, l’élégance de la haute-couture musicale et l’amour libre ! ( rire)

Ariane :

Il nous intéresse beaucoup de réfléchir à une programmation dédiée à un lieu en fonction de son histoire, de son décor ou de son emplacement : on peut travailler sur la résonance mais aussi sur le contraste, mettre en valeur un aspect précis ou orienter les participants dans leur découverte du territoire. On peut aussi parler des hôtes, de leurs goûts et de leur histoire dans les lieux qu’ils font vivre. La conception d’un programme est un travail d’orfèvre…